Quand la langue devient un obstacle : parcours et réalités des pères immigrants d’expression anglaise au Québec
Après s’être installés au Québec, les pères immigrants d’expression anglaise (PI-EA) vivent divers enjeux d’intégration liés à l’emploi, à la langue et aux services (Bergheul, 2018), ainsi qu’à des dynamiques de transformations familiales de toute sorte (Brodeur et Sullivan, 2014). La plupart des enjeux relevant du processus d’intégration incluent une composante linguistique (Sanschagrin et Bergheul, 2025).
Alors que la loi 96 du gouvernement du Québec entraîne diverses pressions pour la francisation des immigrants anglophones et allophones, la situation des PI-EA implique de prendre soin de leur famille, notamment par le biais de l’emploi, afin de pourvoir à leurs besoins. Notre étude se base sur dix entrevues semi-dirigées avec des PI-EA et sur un groupe de discussion réunissant cinq intervenant·es travaillant avec ces pères.
D’un côté, les PI-EA priorisent leur famille et leur emploi afin d’assurer le bien-être familial. De l’autre, les politiques publiques entérinées par la loi 96 imposent aux nouveaux arrivants une maîtrise du français pour accéder à tout type de service ou pour obtenir les meilleurs postes sur le marché du travail. Ce décalage entre les priorités des PI-EA et les politiques publiques restreint ces pères sur plusieurs aspects de leur vie, tels que l’avancement social par l’emploi, les liens et la communication avec les organismes communautaires, ou encore un suivi adéquat de leurs enfants dans le système scolaire ou de santé.
La langue peut également provoquer des changements dans la dynamique familiale. Dans le contexte des couples bilingues où la mère parle français et non le père, les enfants — surtout à un jeune âge — parleront français, mais pas ou peu la langue du père, ce qui peut engendrer des tensions d’ordre communicationnel entre le père et ses enfants.
Toutes les affiches
