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Travailleurs migrants sous permis temporaire : des droits fondamentaux en suspens
Au Canada, des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses sous permis temporaire vivent une réalité que peu de gens soupçonnent : l’impossibilité d’être accompagnés de leurs enfants ou de leur conjoint·e, et ce, parfois pendant des décennies.
Dans cette troisième capsule de Zoom sur les 3i, Eugénie Depatie-Pelletier, directrice de la recherche à l’Association pour les droits des travailleuses et travailleurs de maison et de ferme (DTMF) et partenaire du RQ3i, revient sur les mécanismes – historiques, juridiques et systémiques – qui maintiennent ces travailleurs dans une précarité structurelle.
Ses travaux révèlent que la séparation familiale forcée n’est pas un effet secondaire des politiques migratoires, mais un héritage direct de pratiques d’exclusion remontant à la fin du XIXe siècle, lorsque le Canada interdisait aux travailleurs chinois de faire venir leur famille. Cette logique, fondée à l’origine sur des critères raciaux, s’est normalisée au fil du temps et continue de produire des effets disproportionnés selon le pays d’origine. À cela s’ajoutent l’interdiction de changer d’employeur – source documentée d’abus graves – et l’exclusion du statut de résident permanent pour certaines catégories d’emploi, enfermant les personnes dans un cycle de renouvellements temporaires qui limite leur liberté de mouvement et leur accès à une vie digne.
Au-delà du constat, la capsule met en lumière un passage de la recherche à l’action concrète : rédaction de projets de loi, plaidoyer parlementaire et poursuite judiciaire contre le gouvernement fédéral au nom de deux millions de travailleurs migrants. Un rappel que la production de connaissances, lorsqu’elle est ancrée dans les réalités du terrain, peut devenir un levier de transformation des politiques publiques.
